HOMMAGE AU LCL PIERRE COLIN

Collection Pierre COLIN

11/08/1900 - 21/02/1944 †

Vie militaire

Le 11 août 1918, jour tant attendu de ses 18 ans, il peut enfin s’engager au 135ème Régiment d’Infanterie dont son frère commande une compagnie. L’instruction militaire est très rapide et avec une section d’infanterie, il parvient à partir au front, mais, heureusement, les hostilités se terminent enfin et avec elles un des grands drames de l’histoire. Nommé caporal et démobilisé en novembre 1919, après quelques mois passés de l’autre côté du Rhin, il prépare le concours de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint Cyr, où il est admis en octobre 1920, promotion  » La Devise du Drapeau « .

Le jeune homme est mûr, volontaire, rigoureux et l’un de ses meilleurs camarades, brillant et héroïque officier lui aussi, le décrit ainsi :  » Nous l’appelions le  » petit Colin « . Il était l’officier le plus complet de la promotion. Nous avions bien distingué tout de suite qu’il était le meilleur ; Au physique, le visage ouvert, les lèvres serrées, les yeux clairs, calmes et durs, pas un pouce de taille perdu, menton en proue. Au physique comme au moral : tiré à quatre épingles « . Et le ciel ne l’oublie pas, qui permet pour la première fois à une vingtaine de saint-cyriens de sortir directement dans l’Aviation. Ainsi, Pierre voit se réaliser ses rêves de jeunesse, cette vocation aéronautique qui le tenaille depuis l’enfance. Nommé sous-lieutenant le 1er octobre 1922 et classé dans l’Aéronautique, le voilà au centre d’instruction aéronautique d’Avord où il commence à voler, avant de rejoindre Istres comme élève pilote en février 1923. Lâché sur Spad 34 le 4 mai 1923, il est breveté le 8 juin 1923, après 40 heures de vol dont 21 en double commande. Les arrêts de vol, dus au mistral ou aux caprices de la mécanique, n’ont pas entamé sa passion, son calme et sa gaîté. Il poursuit sa formation, toujours à Istres, sur Salmson, Spad 13 et Nieuport 29, puis au centre d’instruction de tir et de bombardement à Cazaux. Après une dure période sans voler parce qu’il est en stage à l’école des mécaniciens de Bordeaux, d’octobre 1923 à avril 1924, il parfait sa formation au centre d’études de l’Aéronautique à Villacoublay sur Breguet 19 et Caudron 59 et à nouveau à Istres sur Caudron 59 et Nieuport 29.

Le 1er octobre 1924 il est nommé lieutenant et affecté au 3ème régiment d’Aviation de Chasse à Châteauroux sur Nieuport 29. A cette époque, la situation au Maroc se détériore gravement, Abdel Krim y a soulevé le Rif. L’insurrection s’étend rapidement et face à une situation angoissante, le commandement fait appel à l’intervention de l’Aviation pour soulager les postes, en partie submergés, et les groupements mobiles épuisés. Pierre Colin, qui apprécie peu Châteauroux et son calme, il le dira à ses proches par la suite, se porte immédiatement volontaire et rejoint la 1ère escadrille du 37ème régiment d’Aviation à Fez, en juin 1925. Ce n’est pas de chasse qu’il s’agit mais, avec les vieux Breguet 14, d’appui aux troupes au sol, c’est à dire de reconnaissance photo ou à vue, de bombardements, de ravitaillement en vivres et munitions de postes isolés ou de colonnes mobiles et d’évacuations sanitaires, dans des conditions climatiques difficiles, dans des régions arides et chahutées, et face à un ennemi mordant, au tir précis. Energique et brave, volontaire pour toutes les missions, il fait preuve d’un superbe entrain, disent ses chefs, volant comme pilote et également comme observateur, accomplissant de très nombreuses missions et faisant quotidiennement jusqu’à cinq bombardements. Il est abattu en mars 1926, près de Bou-Redoub en limite de la zone de dissidence, et s’en tire heureusement sans blessures. Trois fois cité par le général commandant supérieur des troupes au Maroc et la situation s’étant stabilisée il peut rentrer en France le 1er juillet 1926.

C’est durant son congé et au moment où il rejoint le 2ème régiment d’aviation de chasse à Strasbourg, qu’il rencontre et épouse à Metz, où se trouvent maintenant sa mère, ses deux sœurs et son frère Jean, en moins de deux mois, celle qui sera sa femme pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, avec une vie familiale particulièrement heureuse et la naissance de deux garçons dont l’aîné portera le nom de son frère Robert, ne durera que treize ans jusqu’à la déclaration de guerre de 1939 et cette femme exemplaire en garde toujours fidèlement la mémoire depuis bientôt cinquante ans.

Le capitaine Pierre COLIN au 2ème RAC à Strasbour en 1926 . Collection Pierre COLIN

Affecté au 2ème groupe, 6ème escadrille, unité qui conserve les traditions de la SPA 84 « Tête de Renard », le lieutenant Colin vole sur Nieuport 29 et Spad 81 puis, à partir de mai 1929, sur le tout nouveau Nieuport 62. Il prend le commandement de cette 6ème escadrille en décembre 1927, est nommé capitaine à Noël 1929 et chevalier de la Légion d’Honneur cinq jours plus tard.

La vie est belle à Strasbourg pour tous ces jeunes officiers, pleins de santé et de vitalité, et ils ne se privent pas de la dévorer sur le terrain de Neudorf comme à la Maison Rouge, leur lieu de rassemblement préféré.

Demandé pour la Mission Militaire Française auprès de l’armée hellénique, le capitaine Colin quitte, en octobre 1931,avec un peu de nostalgie, son cher 2ème de Chasse pour les cieux plus ensoleillés d’Athènes, où il passera un peu moins d’un an comme instructeur Aviation de Chasse de l’armée grecque. La mission, interrompue faute de moyens financiers du gouvernement grec, il n’est pas mécontent, en octobre 1932, de rejoindre à nouveau Strasbourg et le 2ème de Chasse, comme adjoint au chef du 2ème groupe. L’agréable vie mondaine athénienne n’était pas assez aéronautique et opérationnelle pour son goût

Les conditions générales d’évaluation des menaces conduisant à éloigner des frontières les unités aériennes, le 2ème de Chasse est déplacé en juillet 1933, à Tours, où il prendra en octobre la dénomination de 2ème escadre d’Aviation légère de défense (EALD). Le capitaine Colin est nommé adjoint au commandant d’escadre, poste qu’il conservera jusqu’au 1er janvier 1936, date de sa mutation à Marignane.

Sur ce terrain est, en effet, créé à cette date la 8ème escadre d’aviation légère, nouvelle escadre qui intègre dans l’Armée de l’Air, récemment créée, des escadrilles de la Marine et en particulier celles constituant le groupe 1/8 (escadrilles 3C2 du Trident Ailé et 4C1 du Lion Bondissant). Pierre Colin est nommé adjoint du commandant du 1/8, groupe qui est équipé de Nieuport 622, alors qu’arrivent les Dewoitine 501, monoplans à aile basse.

Alignement de Nieuport Delage Ni-D 622 C1 de l’escadrille 3C3 de l’Aéronautique navale prise à Marignane en 1934. Cette escadrille est transférée à l’Armée de l’air le 01/01/1936. Depuis lors et suite à une erreur (choix d’une appellation antérieure à celle de 3C3), elle a été appelée 4C1 dans l’Armée de l’air..

C’est en juillet 1937 qu’il prend le commandement du groupe de Chasse 1/8, unité à laquelle il se dévouera corps et âme durant plus de trois ans, donnant le meilleur de lui-même et qu’il conduira au combat en 1939-1940. C’est là, sans doute, la période la plus exaltante et enrichissante de la vie du commandant Colin, malgré la terrible et douloureuse campagne de France. N’est-il pas, en fait, chef de bande, entraînant une équipe très compétente et particulièrement soudée que la guerre, ses misères, ses deuils et ses actions d’éclat unira encore plus.

Victime d’un grave accident sur multiplace Bloch 200 en août 1938, il reprend son commandement dans les plus brefs délais, malgré ses souffrances, et assure en même temps l’intérim du commandant d’escadre, le titulaire, le colonel Dugand, venant de se tuer. C’est la période de l’alerte de Munich. Il est nommé commandant en septembre 1938 et va dorénavant se consacrer, avec encore plus de fougue, à la préparation du groupe à la guerre, qui parait inévitable.

 

Dewoitine D.501 n°169 - 2ème escadrille (4C1) du GC I/8 - Marignane - 1937 .

A la déclaration de guerre, le 1/8 est concentré sur le terrain de Hyères-Palyvestre depuis le 25 août 1939 où il a pour mission, avec son matériel Dewoitine, d’assurer la défense aérienne de Toulon. Le commandant Colin juge la situation du personnel navigant très brillante avec 29 pilotes, dont une bonne moitié particulièrement bien entraînée pour le combat, de jour comme de nuit. L’ensemble des personnels au sol, spécialistes brevetés, est très bon. La véritable anxiété est que le matériel avion, très bon, est périmé même si la conviction est que son emploi peut tout de même donner de bons résultats, comme l’a confirmé la récente campagne de tir. Malgré tout, on envie fort les unités favorisées et on se demande bien quand le tour du 1/8 viendra pour l’équipement en avions modernes. Groupe de coopération maritime, il n’est pas prioritaire.

La situation reste calme et le commandant Colin s’emploie, comme il le fera toujours, à entretenir la motivation en tenant en permanence son monde en haleine et en faisant fermement la chasse au désordre et au désœuvrement. En janvier et février 1940, les Bloch 152 tant attendus sont progressivement livrés et le groupe, porté à l’effectif de 36 avions, procède à sa transformation et à la prise en main de ce matériel dont la mise au point, armement en particulier, n’est hélas pas terminée.

Après un crochet par Cherbourg-Maupertus, (couverture des embarquements prévus pour la Finlande qui n’auront pas lieu) terrain boueux dont il ne pourra décoller que pour partir définitivement dans l’Est, le groupe rejoint le terrain de Toul Velaine, aux ordres du groupement 22, le 1er avril 1940. L’activité en avril est médiocre, en raison des conditions atmosphériques et de la mise au point du matériel nouveau perçu, Bloch 152 modifié, version N49, dont l’armement laisse toujours à désirer.

Vient la brutale offensive du 10 mai 1940 qui précipite le groupe, comme toutes les armées françaises, dans la tourmente. Face à une supériorité numérique écrasante, de nombreuses missions sont effectuées et les premières victoires remportées, en même temps que surviennent les premières pertes. Missions incessantes de protection des bombardiers, de couverture, de destructions même, sur la Meuse, sur l’Aisne, sur la Somme, sur la Loire et jusqu’à Bordeaux et Toulouse. La Chasse allemande, Messerschmitt 109 et 110 en particulier, est partout présente et le combat est farouche. A l’écrasante fatigue de ces combats, s’ajoutent les difficultés dues aux replis très fréquents, souvent dans des conditions acrobatiques, la faible autonomie du Bloch 152, par ailleurs apprécié de ses pilotes pour sa solidité et la puissance de son armement (une fois au point), obligeant à rester le plus près possible de la ligne des combats. Le commandant Colin décroche toujours au dernier moment. Ainsi, durant la période du 10 mai au 24 juin, dix déplacements sont opérés et des avions en panne au moment du départ récupérés dans des conditions acrobatiques et dangereuses. L’ardeur de la lutte et la désorganisation générale ainsi que l’inertie de certains, ont fait que le groupe a rapidement pris l’habitude de vivre seul, ne comptant que sur ses moyens qu’il a adaptés en conséquence. Le commandant Colin qui met un point d’honneur, avec la complicité active et efficace des mécaniciens, à avoir la disponibilité maximum, donne tout ce qu’il peut de lui-même. Entraîneur d’hommes, modèle de fermeté et très proche de ses personnels, il sait galvaniser les énergies et ses ordres sont toujours nets et précis. Particulièrement exigeant, quelquefois sec mais généreux, il sait toujours, à l’occasion, récompenser le dévouement et la peine qu’on se donne par un sourire ou un compliment. Il était un chef par le cœur et par l’esprit et dans l’adversité et la tristesse, il a su impassiblement communiquer à tous sa volonté et son obstination. L’un de ses très jeune et très brillant pilote résume ses attitudes en disant :  » Le 1/8 était comme une grande famille qui avait trouvé en Pierre Colin l’autorité paternelle « .

Du 10 mai au 25 juin 1940, le 1/8 remportera 40 victoires sûres, perdra 8 pilotes, 4 autres étant blessés et effectuera plus de 1000 sorties. A l’issue de la campagne, le commandant Colin est cité à l’ordre de l’Armée de l’Air et il est promu officier de la Légion d’Honneur à titre exceptionnel  » pour avoir remarquablement combattu au cours des opérations de mai et juin 1940 « .

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